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Les origines

 

C’est en 1480, qu’est aménagé un couvent relevant de l’ordre des Franciscains-Cordeliers, situé sur l’actuelle commune d’Agnetz, au bord du hameau de Boulincourt.
Au XVIIe siècle, les moines y accueillent des pensionnaires.

A partir de 1731, le couvent de Notre Dame de la Garde va avoir la charge de prisonniers envoyés sur lettres de cachet.

A la veille de la Révolution, le régime du couvent semble laxiste aux yeux des autorités et un nouveau père supérieur, Jean Eloi Tribou, est nommé, avec pour mission de remettre un peu d’ordre.

En effet, le voisinage, pourtant relativement éloigné, se plaint du comportement des pensionnaires qui ont un droit de sortie.

Le père supérieur apparaît comme un homme d’ordre si l’on en juge par les protestations de ses hôtes.

Mais la Révolution éclate deux ans après l’arrivée de Tribou ; les biens du clergé sont confisqués dès novembre 1789 et l’année suivante le couvent de la Garde ferme ses portes.

 

 
 

Le Centre Hospitalier Interdépartemental aujourd'hui

108 structures d'accueil réparties dans l'Oise et les Hauts-de-Seine

3 sites d'hospitalisation sur les sites de Clermont, Fitz-James et Compiègne

Une administration basée à Clermont et Fitz-James

File active : 22 039 personnes

Capacités : 980 lits et 564 places
(Hospitalisation Complète, Hospitalisation de Jour, Hospitalisation de Nuit, Accueil Familial Thérapeutique, HAD, Post cure, Appartement Thérapeutique, Accueil de Jour, MAS, Foyer d’Hébergement, ESAT)

Personnel :
2 786 non médical
143 médical

Etudiants IFSI/IFAS : 437

(données 2015)

 

Seul reste Tribou, avec quelques uns des prisonniers ou pensionnaires que les familles ne veulent pas reprendre à leur charge. Il se défroque et épouse une religieuse, Sophie de Braine, du couvent de Wariville, couvent où il allait autrefois célébrer des messes. De cette union très révolutionnaire naîtront deux filles.
Tribou est très actif dans les nouvelles instances politiques : on le retrouve membre de la Société Populaire et Républicaine de Clermont ainsi que dans l’administration du District de Clermont. En 1797, Sophie de Braine meurt et l’année suivante le couvent est vendu dans le cadre de la grande braderie des Biens Nationaux, et ce malgré les efforts de Tribou qui avait tenté de persuader le Directoire du Département, ancêtre du Conseil Général, de conserver l’établissement de la Garde.

 
 
  Le pouvoir politique central reste toutefois insensible à cet argument.
En 1799, Tribou, ses deux filles et les quelques pensionnaires dont il conserve la garde, quittent la forêt pour se rendre à la ville, s’installant en limite de la commune de Clermont, au lieudit le haut des Finets.

C’est en mariant sa fille aînée à un médecin, Gustave Labitte, que Tribou va permettre l’essor de son modeste établissement.

Le docteur prend rapidement conscience de l'intérêt du pensionnat de son beau-père et de la nouvelle voie qui s'ouvre vers une prise en charge médicalisée des pensionnaires.

Ci-contre, Louis-Charles-Auguste Couder : Installation du Conseil d'État au palais du Petit-Luxembourg, 25 décembre 1799. Les trois consuls reçoivent les serments des présidents, huile sur toile, 1856 (Paris, Conseil d'État)
 
 


Les travaux du Docteur Philippe Pinel et de son élève Jean-Etienne Esquirol commencent en effet à être connus: Philippe Pinel (1745-1826), médecin, secondé par Jean-Baptiste Pussin (1745-1811) surveillant à Bicêtre, œuvrent pour l'abolition de l'entrave des malades mentaux et pour l'humanisation de leur traitement.

Après la Révolution française, le docteur Pinel bouleverse le regard sur les « aliénés » en affirmant qu'ils peuvent être compris et soignés.

(ci-contre, Pinel délivrant les aliénés à Bicêtre en 1793. Tableau de Charles Louis Müller, Académie nationale de médecine.)

 


 
 
"Je voudrais qu'on donnât à ces établissements un nom spécifique qui n'offrit à l'esprit aucune idée pénible ; je voudrais qu'on les
nommât asiles"
 
     
 
"Qu'on ne s'y trompe point, il est peu d'hommes capables qui veuillent vivre avec les aliénés... Il faut une trempe d'esprit particulière pour cultiver avec fruit cette branche de l'art de guérir ; il faut avoir beaucoup de temps à sa disposition et avoir fait en quelque sorte l'abnégation
de soi-même".

 
 
Esquirol, 1819
 
 

C'est principalement à la mort de son beau-père que le Dr Labitte va pouvoir réaliser ses projets.
Il rencontre Jean-Etienne Dominique Esquirol (psychiatre français, qui fait voter la loi de 1838 obligeant chaque département à se doter d'un hôpital spécialisé) et agrandit avec méthode l'établissement vers le bas de la colline, s'assurant du soutien du Préfet de l'Oise en 1830, afin d'accueillir les malades du département.

Des accords avec le département de la Seine et Oise (1833) puis la Somme (1834) sont également conclus, avant même toute obligation légale.

Cette médicalisation de la psychiatrie a évidemment des conséquences pratiques sur la vie des malades. Cette loi de 1838, qui va rester en vigueur jusqu'à une date récente, prend des mesures d'assistance et de protection, définit I'incapacité civile, l' irresponsabilité pénale et ordonne le placement d'office dans ces établissements spécialisés des individus jugés dangereux pour eux-mêmes et pour autrui.

 
 

Croissance et prospérité de la "Maison de santé"

Le Dr Labitte meurt prématurément à l'âge de 38 ans en 1835, laissant une veuve et 5 enfants âgés de 1 à 14 ans. Sa veuve sera secondée ensuite par un médecin, le docteur Woillez et par un administrateur Jean Couroie, neveu de la seconde épouse de Tribou.
L’accroissement se poursuit : la colonie agricole de Fitz-James est créée en 1847, sur les terres de la blanchisserie des Guesnet, d’abord louées puis achetées. Un luxueux pensionnat et une ferme modèle employant les pensionnaires les plus aptes y sont aménagés (photo ci-dessous).

 


 
   
 
 

Photographie aérienne du site
de Fitz-James en 2010
Voir les photos 1861/2004


   
   
 

En 1851 la « Société Labitte frères », chargée de l’exploitation de l’établissement, est constituée entre les cinq enfants.
Les deux aînés voient leurs deux frères cadets les rejoindre dans la gestion de ce que l’on appelle désormais la Maison de Santé : Alexandre sera directeur de la colonie agricole de Fitz-James et Jules sera directeur de la colonie agricole et fruitière de Clermont.

La Maison de santé occupe une surface de 506 hectares, bien plus grande que le territoire de la commune de Clermont à l'époque.

Le nombre de malades s’accroît de plus en plus chaque année : environ 500 en 1842, 900 en 1850, 1200 en 1862.
Une autre propriété est acquise à Erquery en 1862.

(ci-contre, gravure du site de Fitz-James vers 1850).

 
   
 
 

Photographie aérienne du site
de Fitz-James en 2010
Voir les photos 1861/2004


   
   

 

Le succès de la Maison de Santé tient à de multiples raisons : citons d'abord la particularité démographique de l'aire de recrutement des malades placés d'office par les départements.

La Seine, la Seine-et-Oise et la Seine-et-Marne bénéficient en effet durant tout le XIXe siècle d'un exode rural massif lié à une industrialisation rapide de cette région.

Par ailleurs, le coût du placement à Clermont restera toujours le moins élevé de l'ensemble des établissements desservant cette zone.

(ci-contre, le site de Clermont vers 1850)

 

 
   
 
 

Prospectus vers 1861

   
   


Or, cette économie, appréciable pour tous les départements en question, est réalisée parce que la Maison de Santé dispose de grands domaines agricoles entretenus par les patients eux-mêmes et de pensionnats assez luxueux, lesquels représentent 1/5 des recettes de l'établissement.

Une partie de la "clientèle" visée alors appartient aux classes plutôt aisées, désireuses de ne pas voir un membre de leur famille enfermé dans un "asile". Ce mot même n'est bien entendu jamais employé. Tout est conçu pour rassurer à la fois la famille et le malade, en recomposant, selon les moyens financiers dont dispose la famille, le mode de vie du pensionnaire.

La Maison de Santé offre une "hospitalité" diversifiée selon les moyens délivrés par la famille.
A Clermont se côtoient ainsi cinq classes de malades: les pensionnaires de la première classe payent 400 F par trimestre tandis que ceux de cinquième versent 135 F. Il est possible par ailleurs de se faire admettre en compagnie de son domestique: il en coûte alors un supplément de 250 F. Chacun peut ainsi préserver le rang social qu'il occuperait à l'extérieur de l'établissement.
Le repas servi est aussi un signe de distinction sociale: il est indiqué en effet que les salles à manger sont différentes selon les classes, laissant sous-entendre que la nourriture servie n'est pas la même pour tous.
Les pensionnats de Fitz-James et Petit-Château s'adressent quant à eux à une bourgeoisie supérieure. Les prix s'entendent au mois: 250 F voire 350 avec un domestique particulier pour les appartements et 500 F pour les chalets individuels.

 
 
La lecture des descriptions des pensionnats laisse transparaître clairement que les soins -tels qu'on les entend aujourd'hui- sont peu existants dans l'établissement.
S'il est bien fait référence aux "malades", s'il est précisé que les pensionnaires sont classés par "genres de maladies", le seul remède auquel il est fait allusion est l'hydrothérapie, exercée dans des pavillons spéciaux. Le reste de la description est totalement "a- médical": on insiste avant tout sur l'air, l'eau, le calme et le confort. Les éléments naturels que sont l'air et l'eau rappellent nettement les discours hygiénistes en vogue durant tout le XIXe siècle. Ce rapprochement nous incite à relire la description de la Maison de santé rédigée 51 ans plus tôt par le Docteur Eugène Woillez. La médecine n'ayant, semble-t-il, accompli en cette période aucun progrès, le texte descriptif des "prospectus" de 1890 change peu par rapport à celui de 1839 (ci-contre).
 

"Il est peu d'asiles qui aient un site et une exposition aussi favorables que la maison de Clermont. Elle est établie sur un terrain fertile qui forme en partie le versant sud- est de la colline alongée (sic), dont la croupe est occupée par la ville ; la pente est uniforme et très douce, il en résulte ( ... ) que les bâtiments les plus supérieurs ne masquent pas la vue de la campagne à ceux qui sont situés plus hauts.
Cette vue délicieuse dont l'horizon est considérable s'étend jusqu'aux côteaux de Creil à travers la riche vallée qu'arrose la Brêche que bordent de riantes collines."

 
 
 

Ainsi que le défendait le docteur Gustave Eloi Labitte, l’établissement clermontois obtenait un faible coût du prix de journée comparé aux établissements parisiens, parce que la gestion y était rationnelle, l’air sain et que le travail avait le double avantage d’occuper les malades les plus valides et d’organiser une quasi-autarcie.

Le choix du personnel étant local et assez peu exigeant, des dérives n’allaient pas tarder à apparaître. Car de tous temps, les contraintes dues à la recherche de rentabilité financière s’accommodent mal des questions de thérapie.

Or le travail des malades est présenté à la fois pour son intérêt économique et comme moyen thérapeutique : les colonies de Fitz-James et d’Erquery accueillent en fait, pour la plupart, des malades dits « stabilisés ».

 
 

C’est dans cette atmosphère qu’un scandale d’ampleur nationale va survenir. Un régisseur de la ferme de Villers-sous-Erquery (qui n'existe plus aujourd'hui), a une altercation aux conséquences dramatiques avec un malade le 3 mars 1880.
Après une fuite et une arrestation en Belgique par le chef du service de la sûreté de Paris, le coupable est jugé par la Cour d’Assise de Beauvais en mai. Dix-sept témoins à charge, dix-huit à décharge défilent en deux jours à la barre. Dix journaux nationaux couvrent le procès ; il faut remarquer qu’à cette époque cent quatre malades parisiens sont accueillis à la Maison de Santé.
Le conseil municipal de la ville de Paris demande et obtient du département de la Seine la suspension de tout transfert de malades vers Clermont. La situation de l’établissement fait même l’objet de débats devant l’Assemblée Nationale...
La presse locale, se déchaîne. En juillet Auguste Labitte démissionne et des pourparlers avec le département s’engagent pour la reprise de l’établissement.

 

1887 : l'établissement devient public

Le 3 juin 1884 est publié le décret d’acquisition de la Maison de Santé par le Département de l’Oise à compter de l’année 1887.
Une nouvelle convention est ensuite signée avec les départements de la Seine et Oise et de la Seine et Marne... L'établissement devait, désormais, être géré par les trois Conseils Généraux.
En 1887, le domaine paraît mal en point. On compte alors 1391 malades et 200 employés.
De plus en plus, l'établissement doit faire face au surpeuplement. Bâtiments et matériels sont en mauvais état; quant à l'exploitation agricole, elle est en déficit.


 
 

1914-1918 : La grande guerre


Durant cette année 1914, le nombre des admissions est en baisse, même et surtout après le début du conflit.
A ce phénomène, deux causes probables sont évoquées: d'une part, l'émigration des populations aurait eu un retentissement certain sur le chiffre des malades à placer et, d'autre part, les transferts s'avérant plus difficiles du fait d'une sûreté très relative des transports auraient pu avoir une incidence négative sur ces placements.

ll n'en reste pas moins que, malgré le déficit de nouvelles admissions, l'établissement reste très encombré:

 


 
 
décision est prise alors d'évacuer vingt quatre malades - dont dix- huit relèvent du département de la Seine - vers un établissement de la Manche.
De très récentes études évaluent à 62.5OO le nombre de militaires rapatriés des lignes de combat et soignés dans les asiles, soit 1% du nombre total des mobilisés. Ils sont victimes de troubles dus à la déflagration des obus, souffrent d'incohérence dans le discours, de stupeur, de troubles du sommeil et de réactions violentes.
Ce syndrome très répandu se voit désigné par un terme qui disparaîtra à la fin de la guerre: c'est celui d'obusite.
A Clermont, le docteur Thibaud fait remarquer que ces troubles fonctionnels passagers ne permettent pas d'étiqueter "aliéné" celui qui en souffre. Il écrit: "il est regrettable pour ces soldats et leur famille qu'ils soient l'objet d'arrêté d'internement" et ce bon et clairvoyant docteur de préconiser leur regroupement " dans des hôpitaux spéciaux où ils seraient soignés par des médecins psychiatres de préférence".

 
 
 
L'année 1914 s'achève tant bien que mal.

En l'absence des internes et des gardiens, l'établissement a recours à des malades comme gardiens auxiliaires, "sans aucun incident fâcheux" est-il précisé.

Les restrictions n'ont pas encore touché l'asile que son énorme ferme permet de fournir en grains (pour la fabrication du pain) en viande, en légumes, en fruits, en bière (que l'asile fabrique depuis des années)...

Hormis une pénurie d'hommes qui s'installe à tous les niveaux de la société, la région ni l'établissement n'ont encore vraiment souffert durant ces premiers mois du conflit.
 
 


La France manque de tout mais, malgré cela la direction prend à cœur d'améliorer les conditions d'hébergement des malades qui lui sont confiés. Nonobstant les difficultés d'approvisionnement en matériaux, sont installés le tout-à-l'égout et " les water-closets à chasse d'eau dans tous les services.
Pour éviter les vols, la direction fait clôturer les jardins de Clermont et de Fitz-james.

L'année 1916 est la première année de la guerre où la pénurie commence à apparaître réellement.
Conséquence directe de la cherté des vivres et du combustible
(charbon et coke).
Si la ferme de l'établissement permet de nourrir convenablement les malades durant toute cette année, sont apparues des défaillances bien compréhensibles dans la livraison du charbon et du coke, entraînant de singulières perturbations dans le fonctionnement de la blanchisserie. Dès janvier, le chauffage central est stoppé.
Tout au long de l'hiver 1916-1917, le peu de charbon disponible est exclusivement réservé aux cuisines et au battage des céréales.

Dès avril 1917, la situation étant devenue critique et la sécurité des malades accueillis aléatoire, il est décidé que trois convois, par vagues successives et d'inégales importance, évacueraient plusieurs centaines de personnes: le premier convoi a lieu vers les établissements d'Auxerre, Dijon, Dôle, Bourg, Privas, Avignon, Aix en Provence, Marseille et Nice.
Le second convoi dirige malades et personnel accompagnant vers Albi, Aurillac, Bourges, Breuty la Couronne, Bonneval, dans la colonie de Dun Sur Auron, à Caen, à la Celette (Corrèze) Niort et Saint- Alban. Enfin, troisième vague de départs vers Agen, Albi et Pau.
Soucieuse des individus, la direction l'est aussi de la protection du matériel: mobiliers, vêture, literie, matériel agricole, matériels en tous genres sont envoyés à l'abri vers les asiles du Mans, de la Charité-sur-Loire et de Tours.


1918 : Il faudra encore attendre presque onze mois pour que cesse enfin, ce conflit si coûteux en vies humaines, et qui ravagea pour longtemps le paysage de France.
Clermont est toujours soumis à des bombardements aériens.
Les journées du 28 Mai 1918 et surtout du 9 juin 1918 (offensive sur le front de Montdidier - Compiègne) sont particulièrement violentes. Mais la bataille du plateau de Méry Courcelles-Epayelles sonne le glas des armées ennemies.
Les dernières bombes tombent sur l'établissement: d'importants dégâts viennent s'ajouter aux précédents et à l'abandon forcé dans l'entretien des bâtiments par manque de matériaux et de main d'œuvre. L'habitation du directeur mais aussi les logements des deux médecins chefs et de nombreux locaux sont très endommagés : buanderie de Bécrel, pavillon des enfants à Fitz-James ...

Le 11 Novembre 1918, l'Armistice est signée dans la clairière de Rethondes, près de Compiègne, mettant ainsi fin à un carnage sans précédent à l'époque : huit millions de morts, plus de vingt millions de blessés et son cortège de ceux qui deviendront les parias de la société: les "gueules cassées". On ne compte plus les veuves et les orphelins : on ne peut évaluer la misère, la pauvreté engendrée par ces quatre années terribles.

Le directeur, dans son rapport annuel, note que l'établissement a pu fonctionner toutes ces années "grâce à l'esprit de devoir dont s'est montré animé le personnel tout entier". Et ceci, pour les hommes et les femmes qui "sont considérés comme un déchet social par ceux qui s'opposent en arguant de gaspillages inutiles, à toutes les tentatives faites pour améliorer le sort de ces malheureux" (Dr.G.Delmay).

Une page est désormais tournée.

Les progrès de la médecine, des sciences, l'évolution de la législation, un regard différent de la société envers ceux qu'elle considérait il y a encore peu comme des "fous" vont ouvrir de nouvelles voies à la psychiatrie. Et l'histoire de notre établissement, considéré à l'époque comme "l'Asile de France présentant les meilleures conditions pour le traitement et le bien-être des malades mentaux" va continuer à s'écrire.

 

Le tournant des années 20


Ce n'est qu'après 1920 que se répand la pratique des "placements libres", qui permet I'entrée et la sortie d'un hôpital psychiatrique suivant les mêmes modalités qu'à l'hôpital général.
Et c'est seulement en 1938 que le terme "hôpital psychiatrique" se substitue à celui "d'asile" et que peu à peu le vocable de "psychiatre" supplante celui "d'aliéniste".

En explorant l'inconscient et en affirmant que tout symptôme a un sens, Freud révolutionne l'édifice de la psychiatrie classique. Cependant, jusqu'à la psychothérapie institutionnelle, la psychanalyse reste en marge des pratiques psychiatriques qui, centrées sur l'hospitalisation, disposent de très peu de moyens thérapeutiques (isolement, traitement moral, quelques sédatifs non spécifiques).
Les médicaments actifs dans la psychose, les neuroleptiques et les anti-dépresseurs n'apparaissent, les premiers qu'en 1952 et les seconds qu'en 1957.

 

 
 

La guerre 39-45

Entre 1934 et 1940, la population passe de 2802 à 4484 malades.

C’est à partir de 1938 que la crise commence avec le rappel sous les drapeaux de nombreux employés.
La défense passive s’organise déjà et 800 masques à gaz, complétés l’année suivante par 600 autres, sont achetés.

Septembre 1939 marque la mobilisation de 404 agents, avec parmi eux quatre médecins, un pharmacien, quatre internes, le receveur, l’économe. L’hôpital doit s’organiser et fait appel à de nombreux auxiliaires tout en déployant le personnel féminin dans les services d’hommes. Il ne reste plus que trois médecins aidés de trois internes pour veiller sur près de 4500 hospitalisés.

 


 
 

Des tranchées sont aménagées dans les cours et jardins entourant les pavillons ; des abris bétonnés sont creusés.
Du matériel de pharmacie doit par ailleurs être cédé à l’Armée française.

De nombreux agents fuient, comme le reste de la population locale et certains pavillons sont abandonnés presque totalement.
Les chefs de services et affectés spéciaux seront révoqués d’office, tandis que les autres agents, d’abord licenciés, seront ensuite réintégrés pour les besoins du service avec perte de salaire.
Le 4 juin, il est décidé d’évacuer 750 patients sur des hôpitaux psychiatriques de l’intérieur.
Les employés infirmes ou âgés et les femmes enceintes partent quelques jours plus tard.

Le 7, il reste 3750 malades et 608 agents tous services confondus.

Deux jours plus tard, les bombardements et l’avance des troupes provoquent la fuite de 260 autres agents.

Le 10, les Allemands occupent notre cité et y installent une Kommandantur. Ils ordonnent à l’établissement de pourvoir à l’alimentation de la population locale non évacuée et des réfugiés.
Des pillages répétés sont perpétrés par l’occupant. Du matériel sanitaire et des lits sont réquisitionnés.

La crise, les restrictions ne vont cesser de s’intensifier dans l’ensemble du pays bien-sûr et avec une puissance accrue à l’intérieur de l’hôpital.

Le 15 juillet, l’administration constate déjà l’épuisement des stocks de vivres, de charbon et d’essence.
A partir du 1er novembre, les pavillons les plus récents, les mieux agencés sont évacués pour y transférer diverses populations: des malades de l’hôpital général d’abord, puis des vieillards venus des hospices de Saint-Valery sur Somme et de Rue, des troupes d’Occupation en 1942, 964 malades de l’hôpital psychiatrique de Sotteville-lès-Rouen accompagnés de leurs soignants en 1943, de nouveaux aliénés venus de La Roche sur Yon en 1944.
Cet entassement n’est possible que par la très forte mortalité constatée avec impuissance par la Direction et les médecins.
Marcel Godeau, directeur de l'établissement note dans son rapport de 1946 que « les restrictions alimentaires très sévères provoquant une crise alimentaire grave se traduisent par des décès de plus en plus nombreux parmi les hospitalisés (...). L’encombrement est généralisé dans l’ensemble des services ».

Sagement accumulées durant la drôle de guerre, les réserves sont pillées par un système de réquisition, d’abord sauvage par l’armée nazie les premiers jours de l’Occupation, puis plus organisé par l’administration française, les jours suivants, pour venir au secours de la population locale et des réfugiés, errant dans une évacuation, cruelle et tellement symbolique de l’état de notre pays à cette époque.
Le gouvernement de Vichy met en place, on le sait, le rationnement de toute la population. Rationnement des denrées alimentaires de base, mais aussi des biens de première nécessité. D’un point de vue théorique, le rationnement est un système censé défendre les plus fragiles, les plus pauvres ; ceux qui, sans un minimum d’organisation publique, ne pourraient pas avoir accès à des marchandises que la rareté rendrait trop coûteuse.

Le rationnement doit donc assurer un minimum vital pour chacun. Toutefois, en pratique, ce minimum est tellement faible, qu’il ne suffit pas à vivre correctement et chacun doit se débrouiller par tous les moyens. Les internés des hôpitaux psychiatriques ont droit à une part plus faible que les malades des hôpitaux généraux, déjà très insuffisante elle aussi.

 
   
 
 

Séraphine Louis
"L'arbre de paradis, 1920-1930"
Senlis (60),

Musée d'art
et d'archéologie


 
   

A Clermont par exemple, dans les années 30, le taux de mortalité est resté stable, entre 5 et 6 %. Dès 1940 il double, et atteint en 1941 26,58 % : ce qui signifie qu’un quart des hospitalisés meurent dans l’année. Les années suivantes le taux, en décrue, reste cependant toujours très élevé: 19,87 % en 1942, 15,03 % en 1943 et 19,35 % en 1944.

Séraphine Louis, admise en 1932 dans l'annexe de Villers-sous-Erquery et décédée en décembre 1942, fait partie de ces victimes. Elle enterrée dans le « carré des indigents » à Clermont.

D'autres établissements sont touchés en France: à Lyon (Centre hospitalier Le Vinatier, où 2000 personnes ont été abandonnées à la mort) ; Dijon (Hôpital La Chartreuse, où est décédée la mère de Rita Thalman, historienne, qui a dénoncé ce drame) ; Avignon (Hôpital Montdevergues-les-Roses, aujourd’hui Centre hospitalier Montfavet, où est morte Camille Claudel en 1943).

Un chiffre devra rester en mémoire, il s’agit d'une estimation du nombre de décès enregistrés dans l’établissement, de 1940 à 1944: 3063 morts, inhumés dans le cimetière de Clermont.

Depuis 1999, chaque 7 avril, la Municipalité de Clermont et le Centre Hospitalier Interdépartemental invitent chacun à se souvenir de cette tragédie humaine, autour d'un monument dédié.
Chaque année, c'est l'occasion de rappeler que, sous aucun motif, la valeur des existences humaines ne peut se hiérarchiser ; que la considération et la citoyenneté ne sauraient être à géométrie variable ; de réaffirmer une solidarité avec les plus fragiles.



« Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition. » Montaigne

 



Inscription sur la plaque :
"De 1940 à 1944, 3063 patients de l’Hôpital Psychiatrique Interdépartemental de CLERMONT ont été inhumés dans ce cimetière. L’immense majorité est décédée des suites de privations notamment alimentaires. Réalisé par le sculpteur GUIDI, ce monument érigé à la mémoire de ces victimes innocentes a été inauguré le 7 avril 1999, par Monsieur Jean-Pierre MASSERET, Secrétaire d’Etat chargé du Ministère des Anciens Combattants.
La Municipalité de Clermont."

 
 

 

Vers la psychiatrie de secteur


Au lendemain de la seconde guerre mondiale se met en place un courant de réflexion qui aboutira à la circulaire du 15 Mars 1960 organisant en France la psychiatrie publique dite de "Secteur".
Cette psychiatrie est fondée sur le principe d'une unicité de la prévention, de la cure, de la post-cure et de la continuité de la prise en charge du malade par la même équipe médico-sociale.

Le secteur est constitué par un territoire géographique correspondant à une population de 70 000 habitants.
En principe, ce secteur est doté de services d'hospitalisation et de diverses institutions extra-hospitalières (centres médico-psychologiques, hôpitaux de jour, appartements thérapeutiques, maisons communautaires, foyen de post-cure) qui assurent aux malades une prise en charge plus souple et qui les maintiennent autant que possible dans leur environnement d'origine.

Grâce à ce changement vers la psychiatrie de secteur, le nombre de "lits" baisse progressivement: 4000 lits en 1939, 2336 en 1989, 2005 en 1995, 1541 aujourd'hui en 2014.

  Où consulter ?



 
 
Ressources bibliographiques
 
     
 

Les cahiers de l'histoire Bulletins de l'ACACHIC (Association Culturelle des Amis du Centre Hospitalier Interdépartemental de Clermont.)

L'hôpital à Clermont dans l'Oise - catalogue de l'exposition du centenaire du C.H.I - 1985


 
 
 

La pédopsychiatrie


  Vue aérienne des unités des Seguins,
sur le site de Fitz-James (2012)
 

C'est à partir des années 50 que le champ de l'enfance inadaptée s'autonomise par rapport à la psychiatrie générale, d'une part, et de l'Education nationale, d'autre part.
Les travaux pour la construction d'unités séparées ne débuteront qu’en mars 1970. La réception provisoire de la première tranche se fera le 15 décembre 1971 avec l’ouverture des Tilleuls et des Glycines le 1er février 1972, des Cèdres, des Bleuets, les Tamaris et des Primevères en juin 1972, des Genêts, des Lilas, des Châtaigniers et des Platanes en octobre 1972.

Deux secteurs géographiques, deux services :

SEGUIN OUEST: les Cèdres (A et Bis), les Primevères, Seguin 14, les Platanes, et les Lilas pour l’Ouest : ce secteur accueillera les patients de l’Ouest du département ainsi que ceux du Sud de l’Oise (excepté Chantilly et Senlis), les Yvelines, l’Essonne, les Hauts de Seine, la Seine St Denis, le Val d’Oise, et le Val de Marne.

SEGUIN EST: les Glycines, les Tilleuls, les Bleuets, les Églantines, les Tamaris, et les Châtaigniers pour l’Est. Ce secteur accueillera les patients de l’Est du département et ceux du Sud de l’Oise (Creil Chantilly). Le pavillon des « Genêts » sera commun aux deux services.

 
 
Pour revenir au nom du Centre Seguin, il faut se rappeler qu'il a été choisi avec l'équipe et les enfants: Edouard Seguin (1812-1880) est un médecin français né qui a été le premier à considérer les enfants malades mentaux comme des personnes autrement que dans un but de classification.

Il a fait carrière aux U.S.A. en éduquant et en enseignant à des enfants perturbés.

Les enfants du service ont choisi Edouard Seguin par référence à la chèvre de M. Seguin qu'ils mettaient en scène dans un groupe de psychodrame animé par Erich Fromm.


Évolutions ultérieures et récentes



1974: création de l’hôpital de jour « les Glycines ».
Les consultations externes sont faites essentiellement dans les C.M.P.P., où les médecins chefs de service sont les directeurs médicaux

1975: ouverture du C.M.P. de Clermont

1976: l’unité « les Platanes » est confiée au secteur Sud

1976 - 1977: ouverture des C.M.P. de Beauvais, Breteuil, Chaumont et Grandvilliers

1978: création de l’école des centres Seguin par l’Éducation Nationale

1979 -1980: pour Seguin Ouest, création des hôpitaux de jour des « Tilleuls » et des « Bleuets » Création du C.M.P. de Grandvilliers

1980: ouverture, en juin, du centre de jour « Marie Noël » à Compiègne ainsi que du C.M.P. de Méru

1981 : ouverture de l’hôpital de jour de Beauvais. Augmentation notable des consultations externes et des hospitalisations de jour. Baisse des hospitalisations à temps complet

1982: ouverture du jardin d’enfants (hôpital de jour) de Seguin Est 1983 : ouverture du C.M.P. pour enfants de Compiègne

1988: ouverture Hôpital de jour de Noyon

1993: création de l’Unité Thérapeutique Jeunes Enfants Parents (U.T.A.J.E.P.) de Clermont

1994: rénovation du pavillon pour adolescents « les Primevères »

1995: création de l’Unité Fonctionnelle Mobile. Fermeture du C.M.P. de Chaumont en Vexin

1996: ouverture du Centre Tanit à Beauvais regroupant le C.M.P., les C.A.T.T.P et L’A.F.T.

1997: création de l’Unité Thérapeutique Jeunes enfants parents (U.T.A.J.E.P.) de Compiègne

2001: fermeture du C.M.P. de Grandvilliers. Rénovation du pavillon pour adolescents « Les Genêts » et de l’U.T.A.J.E.P. de Compiègne

2002: regroupement des CMP, CATTP, et UTAJEP de Compiègne au 114, rue de Paris



 
 

2007: inauguration du centre psychothérapique Henri Theillou à Compiègne. Inauguré en 2007, le Centre Henri Theillou accueille les services d'hospitalisation complète des secteurs de psychiatrie adulte de Compiègne (Unités Le Hazoy, La prairie) et de Noyon (Les pervenches, les Gentianes).
Sa capacité est de 96 lits

La porte de l'ancien couvent de Notre-dame de la Garde est reproduite dans la cour intérieure du centre (voir "les origines du C.H.I.")

 

     

 

 

    2011: inauguration de la Maison d'Accueil Spécialisée d'Erquery  

 

 

  2013: inauguration du nouveau C.M.P. de Pont Ste Maxence    
 
 
 
   
 
 
 
 
 
Centre Hospitalier Interdépartemental - Etablissement Public de Santé mentale - 2 rue des Finets - 60600 Clermont de l'Oise - Tel : 03 44 77 50 00